L’Université de Montpellier appliquera sans vergogne la mesure raciste des frais différenciés et défend son mariage avec Total Energies.
Mardi 30 juin 2026, la Commission Formation et Vie Universitaire (CFVU) de l’Université de Montpellier tenait l’une de ses dernières séances de l’année, salle des Actes du bâtiment 7, sur le campus Triolet. Les cinq élu·es du SCUM – Super Chatons Ultra Mignons y étaient présent·es et y ont porté trois combats : deux motions — l’une contre les frais d’inscription différenciés imposés aux étudiantes et étudiants étranger·es, l’autre contre le partenariat conclu entre la faculté des sciences de l’université de Montpellier et TotalEnergies — ainsi qu’une question sur les conditions d’examens en pleine canicule. Retour sur près de trois heures de séance.
Frais d’inscription différenciés : la présidence refuse de s’engager et se cache derrière une motion de principe
Le premier combat de la journée portait sur la généralisation des frais d’inscription différenciés imposés par le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. En application du décret n°2026-385, publié le 19 mai dernier par le ministre Philippe Baptiste malgré une forte opposition de la communauté universitaire, les nouvelles étudiantes et nouveaux étudiants internationaux issus de pays hors Union Européenne devront s’acquitter dès la rentrée de 2895 € par année de Licence et 3941 € par année de Master. Déjà privé·es des bourses sur critères sociaux et des aides au logement (APL), ces étudiant·es sont purement et simplement condamné·es par le gouvernement à la précarité voire à l’exil de nos universités.
Notre motion demandait à la CFVU de s’opposer à cette mesure et de garantir concrètement que l’Université de Montpellier n’applique pas ces frais différenciés, en maintenant sa politique d’exonération. Une position claire, qui engage réellement l’université.
Face à nous, la présidence a multiplié les manœuvres. La vice-présidente en charge de la Formation et de la Vie Universitaire, Agnès Fichard-Carroll, qui présidait la séance, a d’abord tenté de faire croire que l’université avait été « bien gentille » de ne pas appliquer ces frais jusqu’ici et qu’elle y serait désormais « obligée ». Elle a ensuite déroulé l’argumentaire de l’austérité : on pourrait nous reprocher que voter notre motion priverait l’université de « recettes », mettrait les agents de la fonction publique « en porte-à-faux », et — sommet du cynisme — « c’est dangereux de ne pas souscrire à l’État de droit ». La liste étudiante ELUM lui a emboîté le pas, jugeant qu’aller contre un décret ministériel « serait négatif pour l’UM ».
Résultat : la CFVU a voté contre notre motion. Plutôt que de prendre un véritable engagement, la vice-présidente Anne Fichard-Carroll a préféré lui substituer une simple « motion de principe », se bornant à « désapprouver le décret ». Un texte qui n’engage l’université à rien : on condamne la mesure du bout des lèvres, mais on se garde bien de promettre qu’on ne l’appliquera pas. C’est une posture purement performative — une manière de se donner bonne conscience sans jamais se mouiller.
Ce double langage est une lâcheté politique. En refusant de s’engager, la présidence de l’Université de Montpellier laisse la porte grande ouverte à l’application de frais racistes et anti-sociaux qui excluront dès la rentrée des étudiantes et des étudiants au seul motif de leur nationalité et de leurs moyens. Le SCUM, lui, ne se paie pas de mots : nous continuerons à exiger que l’université prenne l’engagement concret de ne pas appliquer ces frais, pour que pas une étudiante, pas un étudiant ne soit exclu·e à cause de son passeport ou de son compte en banque.
Partenariat avec Total Energies : un discours calqué sur les éléments de langage du groupe pétrolier.
Nous avons ensuite porté notre motion contre le partenariat entre l’Université de Montpellier et TotalEnergies. Pour rappel, le 11 juin dernier, l’UM a officialisé une convention liant son Master Mention Énergie au deuxième groupe mondial de méga-gisements fossiles, via le dispositif « TotalEnergies Professeurs Associés » : des cadres de la multinationale interviendront à hauteur d’une soixantaine d’heures de travaux dirigés, y compris sur la « transition énergétique ». Le tout de la part d’une entreprise condamnée le 23 octobre 2025 pour greenwashing par le tribunal judiciaire de Paris, et visée par une plainte pour « complicité de crimes de guerre », « complicité de torture » et « complicité de disparitions forcées » au Mozambique. Une université qui se targue d’être la 1ère de France et la 14e mondiale en matière d’écologie s’apprête ainsi à faire co-construire une formation par l’un des principaux acteurs mondiaux des énergies fossiles.
Notre motion demandait deux choses : la résiliation de la convention, et la création d’une commission associant personnels, enseignant·es et étudiant·es pour examiner les conditions et le périmètre des partenariats conclus par l’université avec des tiers.
Le débat a été révélateur. Jean-Michel Marin, doyen de la Faculté des Sciences, a défendu la convention pendant de longues minutes en reprenant les éléments de langage de TotalEnergies, affirmant que la transition écologique ne se ferait pas sans Total — tout en réclamant, sans rire, « une université indépendante ». La liste étudiante ELUM, a estimé que la CFVU n’avait « pas à se mettre juge et partie », et que « même si l’entreprise est controversée, elle peut avoir de bonnes intentions envers les étudiant·es ». Le résultat des votes en dit long sur l’état de notre université :
- Résiliation du partenariat : rejetée — 9 voix pour, 18 contre, 7 blancs et 1 abstention (scrutin à bulletin secret).
- Création d’une commission sur les partenariats : rejetée — 10 voix pour, 24 contre, 1 blanc.
Autrement dit, la majorité de la CFVU a non seulement refusé de rompre avec une multinationale condamnée pour greenwashing et poursuivie pour complicité de crimes de guerre, mais elle a aussi refusé, à une écrasante majorité, la simple création d’une commission de transparence sur les partenariats. On ne veut même pas regarder comment ces conventions sont signées. Ce vote confirme ce que le SCUM dénonce depuis des années : à l’Université de Montpellier, l’écologie est une serpillère à greenwashing, et l’opacité un mode de gouvernement. Nous ne lâcherons rien : la convention avec TotalEnergies doit être résiliée.
Canicule : des rattrapages aux heures les plus chaudes, la présidence renvoie à plus tard
Enfin, les élu•es du SCUM ont posé une question sur la canicule, alors même que des rattrapages se tenaient cette fin du mois de juin en pleine vague de chaleur. Le constat est accablant et, hélas, répété d’année en année : des amphithéâtres et salles en surchauffe, un programme de rénovation thermique des bâtiments pas à la hauteur, et des horaires de rattrapages ne prenant pas en compte la situation exceptionnelle.
Les réponses de l’administration ont été à la hauteur de son inaction. La présidence de séance a expliqué qu’il était « difficile » de modifier les horaires sous peine d’être « attaquée », qu’un effort était fait « pour la construction des nouveaux bâtiments », et a renvoyé le sujet à de futures discussions dans les composantes. Jean-Michel Marin a, pour sa part, reconnu que la Faculté des Sciences était sous-financée et qu’il faudrait aménager les bâtiments.
Tout est dit. La même université qui trouve le temps de se marier avec TotalEnergies laisse ses propres étudiant·es suffoquer dans des bâtiments qu’elle n’entretient pas, pendant des canicules que le modèle fossile défendu par ses partenaires ne fait qu’aggraver. Nous exigeons des mesures concrètes et immédiates : des points d’eau multipliés sur les campus, des horaires d’examens et de cours adaptés aux fortes chaleurs et un vrai plan de rénovation thermique des bâtiments.
Le SCUM continue le combat
De cette CFVU, nous retenons le refus de la présidence de s’engager contre les frais d’inscription différenciés — préférant une motion de principe qui ne l’oblige à rien —, son refus obstiné de rompre avec TotalEnergies et d’ouvrir ses partenariats à la transparence, et son mépris face à des conditions d’études devenues indignes. Sur les trois fronts, les élu·es du SCUM ont été les seul·es à porter jusqu’au bout la défense des étudiantes et des étudiants.
Nous continuerons à lutter contre le tri social et raciste, contre la soumission de l’université au patronat et aux lobbies fossiles, et pour des conditions d’études dignes pour toutes et tous.
Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM syndicat.scum@live.fr
→ Signez la pétition pour la rupture de la convention entre l’Université de Montpellier et TotalEnergies : https://framapetitions.org/petition/user/petition-total-UM/pour-la-rupture-de-la-convention-entre-luniversite-de-montpellier-et-totalenergies
→ Suivez l’activité des élu·es SCUM – Super Chatons Ultra Mignons dans les instances : https://scum.fr/tag/dans-les-conseils-centraux/
Dans la presse :
- Les Indiscrétions du 15/06/2026 : « L’Université de Montpellier et TotalEnergies poussent le master Mention Énergie » – https://www.lesindiscretions.com/decodage/luniversite-de-montpellier-et-totalenergies-poussent-le-master-mention-energie/
