Étudiants “sans fac” à Montpellier : des inscriptions arrachées par la lutte malgré une sélection de plus en plus violente

Chaque année universitaire est marquée par l’accroissement de la sélection à l’université. Ce début d’année 2024-2025 l’a de nouveau démontré.

Refusés par les présidences d’universités et un corps professoral de plus en plus élitiste, des milliers d’étudiantes et d’étudiants se retrouvent sur la touche, privés d’affectation dans une université. Lorsque la rentrée approche, ces étudiantes et étudiants, désormais “sans-fac”, se retrouvent angoissés et dans l’incertitude la plus complète concernant la suite de leur cursus. Cette sélection sociale n’a pas qu’un impact sur leur avenir, le fait d’être privés d’accès aux études, entraîne la perte du statut d’étudiant donc des bourses et du logement étudiant. La sélection sociale est une fabrique immédiate de la précarité, ainsi que la fabrique d’une future main-d’œuvre non diplômée destinée à des métiers précaires. 

Pour les étudiantes et étudiants internationaux, cette sélection entraîne la perte du visa étudiant et donc une probable expulsion du pays.

Cette année, le gouvernement a renouvelé son nouveau mécanisme pour la sélection en master. Encore plus implacable que les dispositifs précédents, la plateforme MonMaster, optimise et généralise le tri social en centralisant les candidatures en master sur une seule plateforme nationale tout en utilisant un algorithme de tri social semblable à Parcoursup. De plus, le gouvernement a fait le choix de rallonger les délais pour l’acceptation des vœux, courant jusqu’en mi-octobre. Cependant, à ce moment là, presque rien ne bouge dans les files d’attente d’admission, mais laisse les étudiants dans l’espoir d’une admission qui n’arrivera jamais

À Montpellier, une mobilisation de longue haleine face au corps professoral.

Chaque année à Montpellier, depuis 9 ans maintenant, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) mène une intense mobilisation afin que chacune et chacun puisse s’inscrire dans la filière de son choix.

A la rentrée 2024, après un long travail de recensement et d’aide aux divers recours durant l’été, qui ont permis d’obtenir de nombreuses inscriptions, le SCUM a accompagné dans leurs démarches 53 étudiantes et étudiants sans affectation en Licence ou Master après avoir épuisé les recours. Nous tenons à préciser ici que ce chiffre ne reflète absolument pas l’ampleur de la sélection sociale. Par exemple, à l’université Paul-Valéry Montpellier 3, sur 29701 vœux faits en Master 1, seulement 6480 réponses ont été favorables. 21,82% : c’est le taux de réponses positives pour cette année dans cette université.

Par ailleurs, moins d’étudiants ont contacté le syndicat que d’habitude, mais il n’y a pas plus de places en master. Ce qu’il faut souligner cette année, c’est l’élargissement de la période complémentaire, les étudiants sont laissés dans le doute de la file d’attente, une longue période de juin à mi-octobre, plus de 3 mois dans l’espoir mais aussi l’angoisse d’obtenir une admission dans la filière que l’on souhaite. Avec, au-delà de la santé mentale, des impacts sur la vie de l’étudiant, notamment sur le logement, l’emploi, les aides sociales et autres. 

Avec les étudiantes et étudiants sans-fac, les mois de septembre et octobre ont été extrêmement intenses afin d’essayer d’obtenir des inscriptions : rassemblements, envahissements d’instances universitaires, rendez-vous au Rectorat et avec les présidences d’universités, sollicitation des enseignants et directeurs de master…etc.

Cette année la mobilisation était également nationale avec l’organisation d’une journée nationale de lutte contre la sélection sociale à l’université le jeudi 3 octobre. Cette journée fut appelée conjointement par le SCUM, l’UNEF TACLE et les collectifs de sans-fac. A Montpellier, les sans-fac et leurs soutiens se sont rassemblés devant le Rectorat pour demander des inscriptions. Cette journée a également été soutenue et rejointe par de nombreux partis politiques et syndicats. Nous apportons notre soutien à tous les collectifs de sans fac en France, notamment à Nanterre où ils subissent un mépris de la présidence et une violence répressive inouïe.

Il est important de souligner que plusieurs enseignants des deux universités montpelliéraines, lorsque que nous les avons sollicités, nous ont aidé à débloquer plusieurs situations. Cependant, nous constatons malheureusement que cette année encore, les enseignants-chercheurs directeurs de master ou non, peu importe leur étiquette politique, furent excessivement mobilisés afin d’empêcher des étudiantes et étudiants d’être inscrits dans le cursus de leur choix. Certains enseignants de l’université Paul-Valéry allant même jusqu’à réclamer une répression contre les “sans-fac” mobilisés.

Une répression radicalisée

Quelle fut notre surprise à l’heure du premier rassemblement du collectif de sans-fac devant le rectorat d’être accueillis par un agent du renseignement territorial, bondissant comme un diable de sa boite. Celui qui aurait pu rester dans son rôle pour une anecdotique opération de renseignement s’est transformé en véritable ambassadeur du Rectorat. Celui-ci n’a pas ménagé ses efforts en suivant le collectif d’étudiants éjectés de leurs universités toute une matinée alors que ceux-ci allaient réclamer des inscriptions auprès des directions, l’énergumène s’est montré un peu désabusé devant celles-ci, se démenant comme un diable dans un bénitier, n’ayant pas réussi à entamer la motivation des étudiants. Sa dernière apparition a eu lieu dans un rendez-vous entre une délégation des sans-fac et du SCUM et le rectorat pour obtenir des inscriptions.

Ces méthodes ont de quoi interroger. Le Rectorat, incapable de défendre son action fait appel aux services de sécurité intérieure face à des étudiants demandant une inscription à la fac. Les moyens et le temps passé à organiser la surveillance du collectif de sans-fac ne pourraient-ils pas servir à leur trouver des inscriptions et ouvrir des places en licence et master ?

Concernant le corps enseignant nous ne pouvons que faire part de notre stupéfaction concernant les agissements des co-directeurs du Master Cinéma, le secrétaire du SNESUP-FSU de Paul-Valéry, David Roche et sa collègue Chloé Delaporte. Ceux-ci, en plus de carrément nier l’existence des biais discriminatoires racistes dans l’enseignement supérieur, pourtant confirmés par la dernière étude de l’ONDES (Observatoire National des Discriminations et de l’Égalité dans le Supérieur) il a fait convoquer une section disciplinaire à l’encontre d’un élu étudiant du SCUM afin de le faire exclure de l’université. Le fait que notre élu soit racisé semble malheureusement parfaitement corroborer les postulats de l’étude scientifique de l’ONDES.

Suite à la mobilisation, de nombreux étudiants inscrits !

Cette mobilisation au long cours, éprouvante pour les étudiantes et étudiants concernés, n’aura pas été vaine pour autant. De nombreux “sans-fac” mobilisés avec le SCUM ont finalement reçu une proposition d’admission, et au final, 14 étudiantes et étudiants sont inscrits dans la filière de leur choix grâce à la lutte.

Pour l’Université Paul-Valéry, c’est 10 inscriptions obtenues, sur les autres, 3 étaient inscrits dans d’autres formations ; 9 sont aujourd’hui éjectés de l’université.

À l’Université de Montpellier, le collectif a obtenu 4 inscriptions. Il reste presque 30 étudiants recensés, sur le carreau.

Si nous nous félicitons de ces résultats, nous n’oublions pas que beaucoup d’étudiantes et d’étudiants ont finalement baissé les bras face aux refus froids et indifférents des enseignants, ou face aux propositions d’admissions comiques qui leur étaient faites. Vous vous interrogez sur la pertinence d’un cursus en Master Sociologie quand on était en Licence art du spectacle auparavant ? Nous aussi.

La question de la sélection en 2024 à l’Université Paul-Valéry

Pour rappel, le SCUM, en tant que syndicat étudiant majoritaire, avait fait voter lors du CEVU (Conseil des études) du 10 janvier 2023 puis le 6 février 2024 une délibération mettant fin, respectivement pour l’année 2024-2025 et 2024-2026, au traditionnel vote des quotas de sélection en Licence et Master tant que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR) refusera d’attribuer à notre établissement une dotation budgétaire pérenne à la hauteur de nos besoins.

Par ces propositions adoptées, nous avons voulu lier la question budgétaire à la question de la sélection, dans un contexte où l’université a débuté l’année civile 2023 avec un déficit de 11 millions d’euros. Il s’agissait ici de faire de la sélection une question centrale, alors que bien souvent les étudiantes et étudiants ne sont vus que comme de simples variables d’ajustement dans l’architecture budgétaire de l’établissement.

Après avoir fait un tour de passe-passe en 2023 avant de tout de même faire appliquer la sélection malgré le déficit chronique de l’université, aujourd’hui la présidente Anne Fraïsse se démène pour son budget, action au ministère avec les présidents d’université ; mais aussi témoignage dans les médias de la baisse globale du budget des universités, et en particulier de l’Université Paul-Valéry. Selon ses termes, un déficit de 12 millions d’euros aujourd’hui, avec une piste pour résorber ce déficit, une ignoble multiplication par 10 des frais d’inscription. 5 250€ en licence et 5 000€ le master avec respectivement 1 750€ et 2 500€ en plus par redoublement. Pour les étudiants extra-communautaires, l’ignominie est absolue, plus de 83 000€ en licence et 75 400€ en master. ça se passe de commentaire

Nous rappelons ici que le SCUM avait été le seul syndicat étudiant a voter contre le passage de l’université en Établissement Public Expérimental. En effet, c’est ce changement statutaire qui ouvre désormais la possibilité d’une hausse des frais d’inscription.

À ce jour, l’université Paul Valéry n’a pas de dotation budgétaire à la hauteur des besoins de l’établissement, ce qui impliquerait donc un non vote des quotas de sélection. Espérons que les présidences d’université agiront pour obtenir davantage de moyens pour accueillir tout le monde dans de bonnes conditions plutôt que de restreindre l’accès aux études à plus d’étudiantes et étudiants sous prétexte d’austérité.

Nous craignons cependant que l’université ne fera que révéler une nouvelle fois la réalité de sa fonction : celui de faire du tri social et élitiste. 

Face à ces logiques mortifères, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier continuera à se tenir auprès des étudiantes et étudiants sans-fac et poursuivra sa lutte contre la sélection sociale pour les années à venir.

Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM
syndicat.scum@live.fr


Comments

7 responses to “Étudiants “sans fac” à Montpellier : des inscriptions arrachées par la lutte malgré une sélection de plus en plus violente”

  1. […] un véritable harcèlement ciblé. Un groupe d’enseignants le convoque en section disciplinaire pour avoir participé à la lutte des étudiants refusés en Master, ainsi que pour avoir dénoncé des biais racistes et antisémites au sein de l’université. Il […]

  2. […] La sélection est telle qu’en 2024, les réponses positives représentaient seulement 21,82 % des vœux de Master 1 à l’université Paul-Valéry Montpellier III. Cette année encore le SCUM a mené une intense mobilisation afin qu’une fois leur Licence obtenue, les étudiantes et étudiants puissent s’inscrire dans la filière de leur choix. Au sein des conseils, nous luttons pour supprimer les capacités d’accueil des formations et sur le terrain avec une campagne d’inscription en Master pour s’affirmer contre la sélection sociale et raciste face à la présidence. Que ce soit à l’Université de Montpellier ou l’Université Paul-Valéry, ce sont des dizaines …. […]

  3. […] Nous rappelons que ces faits se déroulent dans une université ou sous prétexte d’excellence et de “compétences”, des enseignants se …. […]

  4. […] rappelons ici que chaque année, c’est bien notre syndicat étudiant, majoritaire à Montpellier, qui lutte seul aux côtés des é…. Pendant ce temps, les directions bureaucratiques de Solidaires Étudiant-e-s et Le Poing Levé se […]

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