La radio locale Divergence FM (93.9) a invité deux porte-paroles du Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM), dans l’émission « Balance la sauce » diffusée le 26 février 2019. Interviewés par Lucie Lecherbonnier en présence de deux autres étudiants élus au CROUS, nos deux représentants, élus en CEVU de l’université Paul Valéry Montpellier 3 et en Conseil d’Administration de la Communauté d’Universités (COMUE-LR) ont fait le point sur divers aspects de la vie étudiante montpelliéraine comme la hausse des frais d’inscription, Parcoursup, le logement et l’alimentation.
Retrouvez-ici la transcription complète de cet entretien radiophonique.
Hausse des frais d’inscription : « c’est bienvenu en France, si vous êtes riches ! »
Les élus du SCUM ont expliqué les enjeux de la hausse annoncée des frais d’inscription pour les étudiants étrangers : « Le 19 novembre, Edouard Philippe a annoncé ce fameux plan “Bienvenue en France” et 3 jours après on organisait un rassemblement, avec une centaine d’étudiants étrangers, puis pas mal d’actions menées ensuite dont des rassemblements, des motions votées dans divers conseils universitaires mais pas que : mairie, métropole et conseil régional se sont prononcés contre la mesure, tout comme pas mal de villes suite à la mobilisation des étudiants étrangers, de leurs soutiens et de leurs associations. Ça bouge un peu, mais le gouvernement semble un peu autiste par rapport à ça. »
Interrogés sur les 15000 bourses annoncées par le gouvernement afin d’apaiser la fronde contre cette mesure, nous avons pointé leur insuffisance et surtout leur absurdité : « c’est ironique et absurde car Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, a indiqué aux présidences d’universités qui voulaient exonérer tous les étudiants étrangers que ce ne serait pas possible. Elle les a recadrés d’une façon autoritaire. On parle souvent d’autonomie et de liberté des établissements, apparemment ce n’est pas pour tout le monde ».
La question de la sélection sociale, qui serait amplifiée par cette mesure, nous a aussi été posée. Notre réponse fut sans appel : « c’est bienvenu en France, si vous êtes riches ! »
En effet, « au SCUM, on l’avait analysé en ces termes car c’est un accroissement de la sélection sociale. C’est un tout, c’est à dire que petit à petit, après la sélection mise en place par le précédent gouvernement en Master 1 puis en l’année dernière Licence 1. Et désormais la sélection se fait directement sur des critères d’argent. Avant il y avait les critères sociaux, par exemple des cours payants que les lycéens devaient avoir suivi. On monte d’un cran dans la sélection. Ça annonce aussi une hausse générale des frais d’inscription puisque le gouvernement avait évoqué via des “fuites” que ce serait bien finalement de libéraliser tout ça. »
De plus, sur cette question de sélection sociale, notre élue au CEVU de l’université Paul Valéry précise que « des aides [sociales] ont été baissées, comme les APL, alors que la majorité des étudiants qui ont un logement à leur nom touchent les APL ».
Parcoursup : « Un changement de paradigme »
Nous avons ensuite été interrogés sur les changements apportés par la plateforme Parcoursup sur l’orientation et l’inscription des étudiants.
« C’est un changement de logiciel qui recouvre un changement de paradigme. Le changement de paradigme, c’est qu’avant l’étudiant, globalement malgré quelques exceptions, il pouvait choisir son orientation. Maintenant ce n’est plus le cas. Maintenant, il faut candidater, comme à une offre d’emploi. Il faut candidater à plusieurs universités et l’université vous trie. Ils font un choix. Donc ils ont des critères de tri, mis dans le logiciel. Ce logiciel permet de rendre le tri faisable. »
« L’un des gros points à souligner sur Parcoursup, c’est qu’il y a eu une orientation forcée des étudiants. Comme les choix n’ont pas été hiérarchisées sur cette plateforme, beaucoup ont rempli un maximum de choix pour ne pas se retrouver à la rue. Le délai donné par certaines universités pour leur répondre n’était parfois que d’une semaine pour accepter ou refuser une formation. Mais si pour vous, par exemple, vous vouliez vraiment faire psychologie à l’université Paul Valéry et que vous êtes accepté en socio à Nîmes, vous allez peut-être accepter socio alors que ça ne vous correspond pas forcément. Par peur de rester sur le carreau. En début d’année, on a été sollicités par beaucoup d’étudiants qui voulaient trouver une solution pour se retrouver dans le cursus qu’ils auraient choisi et dans lequel ils auraient eu plus de chances de réussite, plutôt que dans le cursus ou ils sont acceptés par dépit. »
Ensuite interrogés sur l’opacité des critères, nous avons souligné qu’en réalité « il y a une certaine transparence, c’est voté dans les conseils des universités et différents établissements. Le souci c’est que c’est vraiment chacun qui se fait plaisir pour trier ses futurs étudiants. On l’avait bien vu déjà lors de la sélection en Master, cette appétence de certains enseignants à vouloir rajouter toujours plus de critères. On a vu la même chose en janvier 2018 lors du vote des critères à l’université Paul Valéry. On avait été choqué car on a lancé un débat et les profs avaient profité du débat pour vouloir rajouter des critères ».
Notre élue au CEVU de l’université Paul Valéry donne un exemple édifiant : « ils ont même voulu sélectionner sur l’âge dans des masters ».
Ensuite, nous avons évoqué la question des composantes de l’université qui ont annoncé vouloir refuser de mettre en place la sélection. C’est, d’après nous, « là où on voit aussi un clivage dans l’université, entre certains départements de l’université Paul Valéry ou les enseignants étaient contre ce dispositif Parcoursup et participaient aux manifestations et assemblées générales. Mais comme l’université est un lieu très centralisé on voyait qu’au sommet de l’université ce n’était pas du tout la même dynamique. »
Logement : « le CROUS se rapproche de plus en plus des prix du privé »
« Sur le prix des loyers, nous au SCUM on pense que le CROUS se rapproche de plus en plus des prix du privé. Une chambre sans toilettes ni douche à 200€, c’est beaucoup. Pour des studios, c’est 400€, on peut en trouver dans le privé à ce prix-là. On a découvert des problèmes d’insalubrité, des problèmes d’amiante ».
Sur la question de l’amiante, nous avons précisé les démarches entreprises en début d’année : « nous sur le sujet on a été alertés par des adhérents qui vivent à Triolet, on a pris rdv avec la direction du CROUS, et on a souligné le manque d’information des étudiants. Des étudiants qui voient des camions de désamiantage sans information. On a obtenu qu’une information soit mise en place auprès des étudiants concernés ».
Gaspillage alimentaire : « il y a encore pas mal de produits qui sont jetés »
En fin d’émission, nous avons été interrogés sur la vidéo diffusée cette automne dévoilant que le CROUS jetait des centaines de produits invendus à la poubelle dans certaines cafétérias et restaurants universitaires. Nous avons salué les efforts fait depuis le buzz de la vidéo sur les réseaux sociaux, tout en soulignant : « Il y a toujours beaucoup de gaspillage. L’auteure de la vidéo est élue de notre syndicat à la Faculté des Sciences en CFVU. Toutes les semaines, il y a le même gaspillage. Il y a encore pas mal de produits qui sont jetés dans plusieurs cafétérias universitaires de la ville. »
- Vous pouvez retrouver l’émission complète en podcast sur le site de Divergence FM 93.9 ici : http://divergence-fm.org/index.php?page=article.php?id=4733