Oui c’est bloqué : explications.

Depuis le jeudi 1er octobre, les étudiantes et étudiants de Montpellier s’organisent pour bloquer leur campus à l’initiative du Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM), comme c’est le cas à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, mais aussi sur les différents sites de l’Université de Montpellier avec la faculté d’Economie, de Pharmacie, d’Éducation, de Droit, ainsi qu’en appui sur le blocage de la Faculté des Sciences.

Ces blocages ont deux objectifs concrets et immédiats : permettre aux étudiantes et étudiants de libérer du temps afin de rejoindre en journée les blocages de lycées pour s’interposer face aux violences policières inédites et systématiques de ces dernières semaines à l’encontre des lycéennes et lycéens, et engager un rapport de force face aux deux présidences d’universités afin d’obtenir l’inscription de tous les étudiantes et étudiants toujours sans admission en Licence et en Master dans la filière de leur choix. Nous demandons également aux présidences des deux universités le remboursement des étudiantes et étudiants étrangers qui ont dû payer les frais d’inscriptions racistes (2902 €/an en Licence et 3950 €/an en Master). 

Dès le début de chaque blocage, nous avons appelé les présidences des universités à satisfaire ces revendications étudiantes concrètes. 

Des victoires obtenues grâce aux blocages.

Les différents blocages des campus universitaires depuis le 1er octobre ont permis non seulement à des centaines d’étudiantes et d’étudiants d’aller aider les lycéennes et les lycéens, mais aussi dans chacune des universités les présidences ont commencé à inscrire des étudiantes et étudiants “sans-facs” qui étaient auparavant jetés la rue par les universités et les enseignants dirigeant les formations.

De façon plus large, le premier blocage initié à l’université Paul-Valéry le 1er octobre a déclenché un vaste mouvement étudiant à travers la ville. Non seulement des milliers d’étudiants et de lycéens ont déferlé sur la ville à l’occasion des manifestations massives des 06 et 08 octobre, mais surtout des centaines d’étudiantes et d’étudiants se sont organisés, soutenus par le SCUM, pour bloquer leur propre campus les jours suivants : Faculté des Sciences, Faculté d’Economie, Montpellier Management, Faculté de Pharmacie, Faculté d’Education, IRTS, Agro Sup et même la Faculté de Droit et Sciences Politiques.

Fait historique : pour la première fois en 8 ans, la Faculté de Droit de Montpellier a été bloquée par les étudiantes et étudiants en droit et en sciences politiques, en soutien aux mouvements lycéens. Après huit ans de sidération, les étudiantes et étudiants en droit ont relevé la tête et sont passés à l’action. Pour rappel, la dernière mobilisation étudiante à la Faculté de Droit était l’occupation d’un amphithéâtre en 2018, contre la mise en place de Parcoursup. Le doyen de l’époque, Philippe Pétel, avait soutenu, en leur ouvrant l’accès à la fac, un commando formé notamment par un ancien membre du bureau de Reconquête et professeur d’histoire du droit à la faculté, Jean-Louis Coronel de Boissezon, afin de déloger les étudiants et de les frapper à coups de palette et de taser. Plusieurs étudiantes et étudiants avaient alors fini à l’hôpital, et plusieurs enseignants ont été ensuite condamnés par la justice pour leur participation à ce commando armé.

Les différents blocages à Montpellier continuent de s’inscrire dans l’histoire, avec le premier blocage depuis 80 ans de l’Institut Régional du Travail Social (IRTS) à l’initiative des étudiantes et étudiants.

Une dynamique nationale.

Ces blocages de campus universitaires à Montpellier s’inscrivent dans une mobilisation plus large, qui s’étend dans tout le pays. A l’appel de l’Union Etudiante, premier syndicat étudiant et dont le SCUM est membre et de l’Union Syndicale Lycéenne  plus de 80 campus universitaires ont été bloqués, en soutien aux plus de 2000 lycées bloqués à travers le pays.

Les organisations syndicales de travailleurs ont aussi rejoint la mobilisation partout en France, avec des dizaines de milliers de grévistes. 

Cette mobilisation inédite vise à dénoncer la misère organisée par l’Etat : nous rappelons que désormais un étudiant sur deux ne mange pas à sa faim. En convergence avec les revendications lycéennes, nous combattons la sélection sociale et raciste à l’entrée de l’université : pour l’abrogation de Parcoursup, et pour l’abrogation de MonMaster, outil du tri social et raciste dans l’enseignement supérieur.

Cette mobilisation nationale a déjà réussi à faire plier le gouvernement, après 3 semaines de blocages lycéens puis étudiants : pour la première fois en 10 ans, le budget de l’Education Nationale a été annoncé à la hausse.

Désormais, le gouvernement est aux abois, car il craint que le mécontentement lié à l’explosion de la précarité se matérialise par une généralisation des blocages et des grèves. L’annonce d’un retour des Gilets Jaunes à partir du samedi 17 octobre a poussé le gouvernement à se coordonner avec les présidences d’universités pour débloquer les campus, tout en concentrant une répression d’uine violence inouie contre les lyéennes et lycéens.

L’utilité concrète du blocage.

Le blocage est un moyen parmi d’autres pour obtenir satisfaction. Le blocage permet aux étudiantes et étudiants qui ne peuvent pas se mobiliser à cause des cours et examens, de pouvoir aider à la mobilisation des universités et des lycées, comme ça a été le cas la semaine passée. 

Le mouvement lycéen et étudiant ne cesse de grandir, toute tentative de déblocage vise à casser la mobilisation. Le mouvement lycéen et étudiant permet d’allumer des feux de mobilisations partout en France, comme en Occitanie avec des lycées qui ont pu être bloqués tel qu’à Font Romeux, à Bédarieux ou à Agro Sup avec d’anciens lycéens venus en renfort car leur université avait été bloquée. 

Le mouvement n’est pas prêt de se taire. Nous serons dans les rues tant que tous les étudiants sans Licence et sans Master ne sont pas inscrits à l’université. A l’Université Paul-Valéry, ils sont encore au nombre de 11 pour les sans-Licences et 25 pour les sans-Masters. L’urgence est aussi d’obtenir rapidement des remboursements pour les étudiantes et étudiants venant d’autres pays et à qui les universités infligent des frais d’inscription différenciés : 2902€ pour une année de Licence et 3950€ pour une année en Master. 

Lutter n’est pas sans risques. Depuis le début de la mobilisation lycéenne et étudiante, nous devons faire face à une forte répression. En effet, des lycéennes et des lycéens sont éborgnés, démembrés et blessés, par des coups de matraques ou encore par des lancés de grenades lacrymogènes, de désencerclements ou de balles de défense. Personne ne devrait recevoir un appel de l’hôpital car son enfant est victime de violences policières. C’est pourquoi le SCUM apporte tout son soutien aux lycéens et continuera d’apporter son aide humaine et matérielle face à la répression. 

C’est d’autant plus important que l’on a recensé plus de 6000 arrestations depuis le début du mouvement, soit 2 semaines. En comparaison, lors du mouvement des gilets jaunes en 2018, il s’agisssait d’environ 10 000 arrestations sur une année entière. 

Tentatives de déblocages par l’extrême-droite, la présidence et ses alliés à l’Université Paul-Valéry.

Il y a donc un face à face entre d’un côté celles et ceux qui luttent pour un avenir digne, et de l’autre côté un gouvernement qui déploie des politiques d’une violence de plus en plus débridée.

L’extrême-droite ne s’y est pas trompée et à choisi de faire le jeu du gouvernement. Dans plusieurs villes, des commandos d’extrême-droite ont attaqué des lycéens et des étudiants mobilisés. 

A l’Université Paul-Valéry, le groupe d’extrême-droite UNI, connu pour ses saluts nazis, a tenté de débloquer par la force l’université Paul-Valéry dans la nuit du jeudi 08 octobre.

Cette attaque de l’extrême-droite a été sans conséquences sur le mouvement, puisque le commando a été rapidement mis en fuite par des personnels de l’université.

Ce vendredi 09 octobre, une nouvelle tentative de déblocage de l’université Paul-Valéry a eu lieu, cette fois-ci de la part de la présidence de l’université, avec l’envoi d’un mail à toute la communauté universitaire annonçant un “déblocage” de l’université pour ce lundi 12 octobre, suite à une “assemblée générale étudiante” qui se serait tenue le vendredi 09 octobre.

En réalité, une grosse centaine de personnes, majoritairement non-étudiantes à l’université Paul-Valéry, se sont réunies pour discuter devant le campus fermé le vendredi après-midi, en compagnie d’enseignants qui avaient participé à la répression raciste contre le mouvement des étudiants “sans-fac” les années précédentes.

Cette discussion avait été convoquée la veille pour le lendemain par les partis politiques “Le Poing Levé” (qui a obtenu il y a quelques mois un local offert par la présidence de l’université), “Appel Communiste” et l’organisation enseignante SNESUP-FSU, qui est membre de la présidence de l’université. D’autres associations comme RUSF et Solidaires Etudiant-e-s ont aussi rejoint cette alliance, qui a appelé à débloquer l’université pour “renforcer la mobilisation”.

Une majorité des participants n’étaient même pas étudiants à l’Université Paul-Valéry. En effet, les étudiantes et étudiants de l’université Paul-Valéry n’étaient même pas au courant de ce rendez-vous, et les étudiantes et étudiants mobilisés étaient en train d’aider les blocages lycéens. Suite à cette réunion, le SCUM a reçu un message de menaces sur les réseaux sociaux, depuis une page instagram liée à l’autre université de la ville, l’Université de Montpellier. La formulation de ces menaces nous laisse penser à un piratage de l’extrême-droite afin de susciter une division du mouvement étudiant.

Nous l’affirmons de façon ferme et sereine : les étudiantes et étudiants de l’Université Paul-Valéry n’ont pas à se laisser dicter leurs choix, ni par une minorité venue d’autres universités à l’appel d’enseignants proches de la présidence et de partis politiques, ni par des groupuscules d’extrême-droite.

Dans cette logique de poursuite du mouvement, le blocage est maintenu ce lundi 12 octobre sur l’Université de Montpellier Paul-Valéry, tout comme dans d’autres campus à Montpellier comme Richter et partout dans le pays. Le SCUM soutiendra l’occupation de la Faculté des Sciences et continuera à se mobiliser jusqu’à ce que nos revendications soient entendues. Nous appelons à participer massivement à la manifestation qui se tiendra mardi 13 octobre à 13h place Albert 1er, puis au retour des Gilets Jaunes samedi 17 octobre à 14h place de la Comédie.

Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM
contact@scum.fr – www.scum.fr