
Chaque année universitaire est marquée par l’accroissement de la sélection sociale à l’université. Ce début d’année 2025-2026 l’a de nouveau démontré.
Refusés par les présidences d’universités et un corps professoral de plus en plus élitiste, des milliers d’étudiantes et d’étudiants se retrouvent sur la touche, privés d’affectation dans une université, alors qu’ils ont pourtant obtenu le diplôme requis : le baccalauréat pour entrer en première année de Licence, et le diplôme de Licence pour entrer en première année de Master. Lorsque la rentrée approche, ces étudiantes et étudiants, désormais “sans-fac”, se retrouvent angoissés et dans l’incertitude la plus complète concernant la suite de leur cursus. Impactant majoritairement des étudiantes et étudiants qui ont eu un parcours scolaire parfois sinueux et souvent marqué par la précarité, le tri opéré via les plateformes Parcoursup et MonMaster est une véritable sélection sociale. De plus, nous constatons cette année encore que les personnes refusées en Licence et Master ont majoritairement des patronymes “étrangers”, ce qui corrobore tristement l’étude de scientifique de l’ONDES qui établissait d’importants biais racistes dans les processus de sélection universitaires.
Cette sélection sociale n’a pas qu’un impact sur leur avenir académique et professionnel, le fait d’être privés d’accès aux études entraîne la perte du statut d’étudiant donc des bourses et du logement étudiant. La sélection sociale est une fabrique immédiate de la précarité, ainsi que la fabrique d’une future main-d’œuvre non diplômée destinée à des métiers précaires.
Pour les étudiantes et étudiants internationaux, cette sélection entraîne la perte du visa étudiant et donc l’impossibilité de travailler, la suspension des APL, ainsi qu’une probable expulsion du pays.
Cette année encore, le gouvernement a maintenu son nouveau mécanisme pour la sélection en master. Encore plus implacable que les dispositifs précédents, la plateforme MonMaster, optimise et généralise le tri social en centralisant les candidatures en master sur une seule plateforme nationale tout en utilisant un algorithme de tri social semblable à Parcoursup. De plus, le gouvernement a fait le choix de rallonger les délais pour l’acceptation des vœux, avec une phase complémentaire s’étirant jusqu’à la mi-octobre. Cependant, à ce moment-là, presque rien ne bouge dans les files d’attente d’admission, mais laisse les étudiantes et étudiants dans l’espoir et l’angoisse d’une admission, qui souvent n’arrivera jamais. Au-delà de l’impact sur la santé mentale, cette attente a des impacts importants sur la vie quotidienne, notamment sur le logement, l’emploi, les aides sociales et autres.
À Montpellier, une mobilisation de longue date face au corps professoral.
Chaque année à Montpellier, depuis 10 ans maintenant, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) mène une intense mobilisation afin que chacune et chacun puisse s’inscrire dans la filière de son choix.
A la rentrée 2025, après un long travail de recensement et d’aide aux divers recours durant l’été, qui a permis d’obtenir de nombreuses inscriptions, le SCUM a recensé et accompagné dans leurs démarches 72 étudiantes et étudiants qui étaient sans affectation en Licence ou Master après avoir épuisé les recours, même si tous ces étudiantes et étudiants n’ont pas pu se mobiliser au sein du collectif de “sans-fac”, par contrainte de temps, d’éloignement géographique, ou simplement par découragement face au corps professoral tout puissant concernant leur inscription.
Nous tenons à préciser ici que ce chiffre ne reflète absolument pas l’ampleur de la sélection sociale. Par exemple, en 2023 à l’université Paul-Valéry Montpellier 3, sur 29701 vœux faits en Master 1, seulement 6480 réponses ont été favorables. 21,82% : c’est le taux de réponses positives dans cette université.
Fait à souligner cette année, une partie importante des étudiantes et étudiants qui nous ont contactés sont sans affectation en Licence, ce qui n’est pas arrivé lors de nos dernières campagnes. Si cela témoigne malheureusement d’une sélection violente avant même l’entrée à l’université, nous nous réjouissons d’être connus par les néo-bacheliers, notamment grâce à la médiatisation de nos actions. Celles et ceux refusés savent qu’ils peuvent compter sur le SCUM pour défendre leur droit à étudier. C’est aussi un signe d’espoir : les néo-bacheliers ne se résignent pas face à une sélection à l’université qui n’est pas complètement normalisée.
Avec les étudiantes et étudiants “sans-fac”, le mois de septembre a été intense afin d’essayer d’obtenir des inscriptions : organisation de rassemblements, qui nous ont permis d’obtenir des rendez-vous au Rectorat et avec les présidences d’universités, ainsi que la sollicitation des enseignants, des directeurs de Master et d’Unités de Formation.
Cependant, nous constatons malheureusement que cette année encore, les directeurs de Master, main dans la main avec les présidences d’universités, furent excessivement mobilisés afin d’empêcher des étudiantes et étudiants d’être inscrits dans le cursus de leur choix.
Une répression par la menace et l’intimidation dans les deux universités montpelliéraines
En effet, la campagne des “sans-fac” de cette année fut marquée par de multiples menaces, intimidations et poursuites disciplinaires de la part des professeurs, mettant en jeu les espoirs d’inscription des étudiantes et étudiants mobilisés.
A l’Université de Montpellier Paul-Valéry, c’est une professeure, également responsable de Master, qui poursuit des représentants syndicaux du SCUM et une étudiante “sans-fac”. Ils sont désormais convoqués en “section disciplinaire” et risquent l’exclusion définitive de l’université.
La raison ? Ces étudiants engagés ont saisi l’occasion de la fin d’un cours pour demander à cette enseignante les raisons de la non-admission de l’étudiante dans le Master qu’elle codirige, sans que celle-ci ne daigne répondre. S’ensuit une odieuse et humiliante convocation de l’étudiante par le Vice-président de l’Université de Montpellier Paul-Valéry. Pour rappel, cette étudiante, lors du jour des faits, est partie précipitamment, fondant en larmes face au mépris et au cynisme de la professeure. A noter que cette responsable de Master a carrément osé réclamer des jours d’ITT (Interruption de Travail) suite à ce terrible évènement : voir une étudiante pleurer à cause d’elle.
Outre les quelques jours de vacances gracieusement accordées à cette professeure qui ne s’est pas privée d’une saisine de la section disciplinaire à notre encontre, c’est la présidente de l’université en personne qui a contacté, plusieurs fois dans une journée et par différents canaux (dont son téléphone personnel), un des élus du SCUM au Conseil d’Administration de l’université, pour exiger du collectif de “sans-fac” de ne plus entrer en contact avec les responsables de Master pour espérer décrocher des inscriptions.
Bien plus qu’un simple conseil, ce fut en réalité un chantage aux inscriptions qui a eu lieu, la présidente Anne Fraïsse menaçant le collectif de “sans-fac” d’annuler les propositions d’admissions des étudiants déjà obtenues suite à la mobilisation. Ces mêmes propositions d’admissions arrangées furent d’ailleurs carrément suspendues dans l’attente d’un courrier d’excuses à destination de la professeure de la part du SCUM et de l’étudiante “sans-fac”. A l’intimidation s’ajoute désormais une volonté d’humiliation claire.
Du côté de l’Université de Montpellier – UM, c’est Guylain Clamour, le doyen de la faculté de Droit qui nous a mis en demeure d’arrêter d’aller voir les responsables de Master à la suite de plusieurs signalements de responsables de Master dérangés de voir des “sans-fac” et des syndicalistes leur demandant des inscriptions lors d’échanges pourtant cordiaux. Cette mise en demeure fut accompagnée d’une incitation à plutôt nous tourner vers des “acteurs institutionnels” pour évoquer les situations des “sans-fac”, ce qui est une curieuse demande de la part d’un doyen qui ne nous a toujours pas accordé de rendez-vous à ce jour. Guylain Clamour ne semble donc pas se considérer lui-même comme un acteur institutionnel …
C’est ce même doyen qui, quelques jours plus tard, a convoqué dans son bureau un militant et élu du SCUM, suite à une intervention de ce dernier à la rentrée solennelle de la Faculté de Droit pour alerter sur la situation des “sans-fac”, nombreuses et nombreux dans cette filière où la sélection sociale et raciste est la plus forte.
Ces agissements de la part des directions d’universités et des responsables de Master ne sont pas sans rappeler la répression subie ces dernières années par les militantes et militants du SCUM.
Dans les échanges de mails, la présidente utilise le terme “agresseurs” pour désigner le SCUM et les “sans-fac”, et cette professeure a utilisé le terme “se retrancher” pour parler de sa marche vers son bureau, reprenant un vocable lié à des attaques terroristes ou à des agressions physiques, ce qui n’a pas eu lieu.
Mais cette répression de la part d’enseignants n’est pas récente. Nous pouvons aussi souligner les agissements du secrétaire du SNESUP-FSU de Paul-Valéry et l’une de ses collègues. Ceux-ci, en plus de carrément nier l’existence des biais discriminatoires racistes dans l’enseignement supérieur, pourtant confirmés par la dernière étude de l’ONDES (Observatoire National des Discriminations et de l’Égalité dans le Supérieur) avaient fait convoquer une “section disciplinaire” à l’encontre d’un élu étudiant du SCUM en 2024 afin de le faire exclure de l’université, en coopération avec des élus enseignants de Perpignan, ville dirigée par le Rassemblement National . Le fait que notre élu soit racisé semble malheureusement parfaitement corroborerles postulats de l’étude scientifique de l’ONDES. Heureusement dans cette affaire, le Tribunal Administratif de Montpellier avait donné raison au SCUM face au harcèlement de ces enseignants.
Mais le SNESUP-FSU de Paul-Valéry n’est pas le seul à se positionner en faveur de la sélection, il y a également SUD Education qui, lors du Conseil des Etudes et de Vie Universitaire (CEVU), souhaitait davantage de sélection dans les Masters, au détriment des étudiantes et étudiants. Ce ne sont pas des cas isolés car même dans le milieu étudiant, les élues et élus Solidaires Étudiant-e-s et Poing Levé étaient complètement absentes et absents au moment de voter les “capacités d’accueil”. Ce sont ces mêmes quotas d’accueil qui organisent la sélection en définissant le nombre de places dans les différentes formations des universités. Être absent lors de ce moment clé de la sélection c’est une manière de l’accepter, de ne plus se positionner contre la sélection en Master mais de la cautionner. Pire, ces deux organisations étudiantes ont apporté leur soutien public aux enseignants qui harcèlent et répriment les syndicalistes du SCUM et les “sans-fac”. On espère toutefois que cette collaboration contre les droits étudiants leur permettra d’obtenir les faveurs de leurs professeurs pour obtenir leur propre petite place dans le système universitaire.
A l’Université de Montpellier, le milieu étudiant cautionne aussi la sélection voire vote carrément en sa faveur. Les “Elums” votent, aux côtés de la présidence, pour limiter le nombre de places en Licence et en Master. Le SCUM est ainsi le seul à lutter pour le droit à la poursuite d’études.
Suite à la mobilisation, de nombreux étudiants inscrits !
Cette mobilisation au long cours, éprouvante pour les étudiantes et étudiants concernés, n’aura pas été vaine pour autant. Finalement, 29 “sans-fac” mobilisés avec le SCUM ont reçu une proposition d’admission grâce à la lutte. 14 d’entre elles et eux ont même obtenu leur inscription dans la filière qu’ils voulaient en premier choix !
À l’Université Paul-Valéry, 21 inscriptions ont été obtenues, dont 12 dans le Master demandé en premier choix.
À l’Université de Montpellier, le collectif a obtenu 8 inscriptions.
Si nous nous félicitons de ces résultats, nous tenons à souligner que 34 étudiantes et étudiants se retrouvent toujours sans solution acceptable, dont 14 Paul-Valéry et 20 à l’UM. Nous n’oublions pas que beaucoup d’étudiantes et d’étudiants ont finalement baissé les bras face aux refus froids et indifférents des enseignants, ou face aux propositions d’admissions comiques qui leur étaient faites. Vous vous interrogez sur la pertinence d’un cursus en Master Sociologie quand on était en Licence art du spectacle auparavant ? Nous aussi.
Quand les présidences d’université ou le rectorat ne réorientent pas de force les étudiantes et les étudiants dans une filière au hasard, c’est ce dernier qui leur propose la bonne formation… mais à des milliers de kilomètres de leur lieu de vie et de travail.
La question de la sélection en 2025 à l’Université Paul-Valéry
Pour rappel, le SCUM, en tant que syndicat étudiant majoritaire, avait fait voter lors du CEVU (Conseil des études) du 10 janvier 2023 puis le 6 février 2024 une délibération mettant fin, respectivement pour l’année 2024-2025 et 2025-2026, au traditionnel vote des quotas de sélection en Licence et Master tant que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR) refusera d’attribuer à notre établissement une dotation budgétaire pérenne à la hauteur de nos besoins. Par ces propositions adoptées, nous avons voulu lier la question budgétaire à la question de la sélection, dans un contexte où l’université a débuté l’année civile 2023 avec un déficit de 11 millions d’euros. Il s’agissait ici de faire de la sélection une question centrale, alors que bien souvent les étudiantes et étudiants ne sont vus que comme de simples variables d’ajustement dans l’architecture budgétaire de l’établissement.
Après avoir fait un tour de passe-passe en 2023 avant de tout de même faire appliquer la sélection malgré le déficit chronique de l’université, aujourd’hui la présidente Anne Fraïsse se démène pour son budget, action au ministère avec les présidents d’université ; mais aussi témoignage dans les médias de la baisse globale du budget des universités, et en particulier de l’Université Paul-Valéry. Selon ses termes, un déficit de 12,9 millions d’euros aujourd’hui, avec une piste pour résorber ce déficit, une ignoble multiplication par 10 des frais d’inscription. 5 250€ en Licence et 5 000€ le Master avec respectivement 1 750€ et 2 500€ en plus par redoublement. Pour les étudiants extra-communautaires, l’ignominie est absolue, plus de 83 000€ en licence et 75 400€ en Master. ça se passe de commentaire.
Nous rappelons ici que le SCUM avait été le seul syndicat étudiant à voter contre la transformation de l’université en Établissement Public Expérimental (EPE). En effet, c’est ce changement statutaire qui ouvre désormais la possibilité d’une hausse des frais d’inscription.
À ce jour, l’université Paul-Valéry n’a toujours pas de dotation budgétaire à la hauteur des besoins de l’établissement, ce qui impliquerait donc un non-vote des quotas de sélection, comme le SCUM l’a encore une fois rappelé en commission des finances le 10 décembre et en conseil d’administration le 16 décembre. D’ailleurs, nous constatons avec effarement que dans les différentes instances de cette université, aucun des représentants des enseignants ne s’est opposé à la mise en place de cette sélection sociale et raciste.
Espérons que les présidences d’université agiront pour obtenir davantage de moyens pour accueillir tout le monde dans de bonnes conditions plutôt que de restreindre l’accès aux études à plus d’étudiantes et étudiants sous prétexte d’austérité.
Nous craignons cependant que l’université ne fasse finalement le choix de révéler une nouvelle fois la réalité de sa fonction : celui de faire du tri social, raciste et élitiste.
Comme nous le répétons chaque année, face à ces logiques mortifères, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier continuera à se tenir auprès des étudiantes et étudiants “sans-fac” et poursuivra sa lutte contre la sélection sociale et raciste pour les années à venir.
Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM
syndicat.scum@live.fr
- La Marseillaise du 26/01/2026 : “Un million de candidats face à la machine Parcoursup” – https://www.lamarseillaise.fr/societe/un-million-de-candidats-face-a-la-machine-parcoursup-LO19533923












