
Chaque année universitaire est marquée par l’accroissement de la sélection à l’université. Ce début d’année universitaire 2023-2024 n’y a malheureusement pas fait exception.
Elle a même été pire que la précédente étant donné qu’à la plateforme nationale de tri social Parcoursup, pour l’accès en première année, s’est ajoutée désormais la nouvelle plateforme MonMaster, qui restreint encore plus l’accès en master.
Refusés par les présidences d’universités et un corps professoral de plus en plus élitiste, des milliers d’étudiantes et d’étudiants se retrouvent sur la touche, privés d’affectation dans une université. Lorsque la rentrée approche, ces étudiantes et étudiants, désormais “sans-fac”, se retrouvent angoissés et dans l’incertitude la plus complète concernant leur avenir. Cette sélection sociale n’a pas qu’un impact sur leur avenir, nous tenons également à rappeler que le fait d’être privés d’accès aux études, entraîne la perte du statut d’étudiant donc des bourses et du logement étudiant. La sélection sociale est une fabrique immédiate de la précarité, ainsi qu’une fabrique d’une future main-d’œuvre non diplômée destinée à des travails précaires.
Pour les étudiantes et étudiants internationaux, cette sélection entraîne la perte du visa étudiant et donc une probable expulsion du pays.
A Montpellier, une mobilisation de longue haleine face au corps professoral.
Chaque année à Montpellier, depuis 6 ans maintenant, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) mène une intense mobilisation afin que chacune et chacun puisse s’inscrire dans la filière de son choix.
A la rentrée 2023, après un long travail de recensement et d’aide aux divers recours durant l’été, qui ont permis d’obtenir de nombreuses inscriptions, le SCUM a accompagné dans leurs démarches 131 étudiantes et étudiants sans affectation en Licence ou Master.
Nous tenons à préciser ici que ce chiffre ne reflète pas correctement l’ampleur de la sélection sociale. Par exemple, à l’université Paul-Valéry Montpellier 3, sur 29701 vœux faits en Master 1, seulement 6480 réponses ont été favorables. 21,82% : c’est le taux de réponses positives pour cette année dans cette université.
Avec les étudiantes et étudiants sans-fac, les mois de septembre et octobre ont été extrêmement intenses afin d’essayer d’obtenir des inscriptions : rassemblements, envahissements d’instances universitaires, rendez-vous au Rectorat et avec les présidences d’universités, sollicitation des enseignants et directeurs de master…etc.
Il est important de souligner que plusieurs enseignants des deux universités, lorsque que nous les avons sollicités, nous ont aidé à débloquer plusieurs situations. Cependant, nous constatons malheureusement que cette année encore, les enseignants-chercheurs directeurs de master, peu importe leur étiquette politique, furent excessivement mobilisés afin d’empêcher des étudiantes et étudiants d’être inscrits dans le cursus de leur choix. Certains enseignants de l’université Paul-Valéry allant même jusqu’à réclamer une répression contre les “sans-fac” mobilisés. En la matière, nous ne pouvons que faire part de notre stupéfaction concernant les agissements du co-directeur du Master Cinéma, et secrétaire du SNESUP-FSU de Paul-Valéry, David Roche. En plus de carrément nier l’existence des biais discriminatoires dans l’enseignement supérieur, pourtant confirmés par la dernière étude de l’ONDES (Observatoire National des Discriminations et de l’Égalité dans le Supérieur) il a fait convoquer une section disciplinaire à l’encontre d’un élu étudiant du SCUM afin d’essayer de le faire exclure de l’université. Le fait que notre élu soit racisé semble malheureusement parfaitement corroborer les postulats de l’étude scientifique de l’ONDES.
Suite à la mobilisation, de nombreux étudiants inscrits !
Cette mobilisation au long cours, éprouvante pour les étudiantes et étudiants concernés, n’aura pas été vaine pour autant. Plus de la moitié des “sans-fac” mobilisés avec le SCUM ont finalement reçu une proposition d’admission, et au final, 41 étudiantes et étudiants sont inscrits dans la filière de leur choix grâce à la lutte.
Si nous nous félicitons de ces résultats, nous n’oublions pas que beaucoup d’étudiantes et d’étudiants ont finalement baissé les bras face aux refus froids et indifférents des enseignants, ou face aux propositions d’admissions comiques qui leur étaient faites. Vous vous interrogez sur la pertinence d’un cursus en Master Sociologie quand on était en Licence art du spectacle auparavant ? Nous aussi.
La question de la sélection en 2024 à l’Université Paul-Valéry
Pour rappel, le SCUM, en tant que syndicat étudiant majoritaire, avait fait voter lors du CEVU (Conseil des études) du 10 janvier 2023 une délibération mettant fin, pour l’année 2024-2025, au traditionnel vote des quotas de sélection en Licence et Master tant que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR) refusera d’attribuer à notre établissement une dotation budgétaire pérenne à la hauteur de nos besoins. Par cette proposition adoptée, nous avons voulu lier la question budgétaire à la question de la sélection, dans un contexte où l’université a débuté l’année civile 2023 avec un déficit de 11 millions d’euros. Il s’agissait ici de faire de la sélection une question centrale, alors que bien souvent les étudiantes et étudiants ne sont vus que comme de simples variables d’ajustement dans l’architecture budgétaire de l’établissement.
A la date d’aujourd’hui, la présidente Anne Fraïsse n’a toujours pas obtenu de dotation budgétaire à la hauteur des besoins de l’établissement, ce qui impliquerait donc un non vote des quotas de sélection. Finalement, elle semble avoir trouvé un tour de passe-passe administratif pour tout de même en faire voter en décembre. Qu’une présidence d’université semble davantage motivée à restreindre l’accès aux études pour encore plus d’étudiantes et d’étudiants, plutôt que se battre afin d’obtenir davantage de moyens pour pouvoir accueillir tout le monde dans de bonnes conditions, ça ne doit cependant pas nous étonner.
Ici, l’université ne fait que révéler la réalité de sa fonction : celui de faire du tri social et élitiste.
Face à ces logiques mortifères, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier continuera à se tenir auprès des étudiantes et étudiants sans-fac et poursuivra sa lutte contre la sélection sociale pour les années à venir.
Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier – SCUM
syndicat.scum@live.fr
Article du journal Midi Libre du 16/11/2023 :

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